Eau, énergie, internet : comment tourne un resort isolé à Sumba

Vue aérienne du domaine Kabisu sur la côte de Sumba

Sumba est une île encore préservée, et ses réseaux publics sont en cours de développement. Quand on construit ici, on ne se branche pas sur l’existant, on l’installe. Voici comment Kabisu produit son eau et son électricité, comment le domaine se connecte, et surtout ce qui se passe le jour où l’un des trois s’arrête.

Voici comment fonctionne chacune des trois, et ce qui prend le relais quand elle s’arrête.

Se raccorder, ou s’équiper

Dans la plupart des endroits où l’on construit un hôtel, l’eau et l’électricité sont une formalité administrative. On dépose un dossier, on paie un raccordement, et la question est réglée pour de bon.

À Sumba, chaque ressource essentielle est un projet à part entière. L’eau se cherche avant de se pomper. L’électricité arrive, mais pas toujours au moment où l’on en a besoin. La fibre n’existe pas.

Ça a l’air d’une contrainte. C’est surtout une discipline. Elle oblige à se poser une question que personne ne se pose en ville : que se passe-t-il quand ça s’arrête ? La règle qu’on s’est fixée sur le domaine tient en une phrase. Chaque ressource essentielle repose sur une source principale et sur au moins une solution de secours qui ne dépend pas de la première.

C’est ce dernier point qui compte. Une deuxième pompe sur le même forage n’est pas une redondance.

L’eau, cherchée avant d’être pompée

Forer au hasard, c’est la manière la plus rapide de dépenser beaucoup pour un puits qui ne donne rien.

Avant de sortir la moindre machine, le domaine a fait l’objet d’une étude géoélectrique. Le principe est simple à comprendre : on envoie un courant dans le sol et on mesure sa résistivité. La roche dure conduit mal, les formations gorgées d’eau conduisent bien. En déplaçant les mesures et en les empilant, on reconstitue une coupe du sous-sol et on voit où l’eau se trouve, à quelle profondeur, et sur quelle épaisseur.

L’étude a couvert trois points de test répartis sur le terrain. Elle a confirmé la présence de nappes exploitables, et surtout plusieurs sources distinctes, ce qui était l’objectif réel de la démarche. Un seul forage productif, c’est un point de défaillance unique. Plusieurs forages indépendants, c’est une infrastructure.

Au-dessus des forages, le dispositif est classique et éprouvé. Des réservoirs de stockage font office de réserve tampon, ce qui absorbe les pics de consommation et laisse le temps d’intervenir en cas de panne de pompe.

En redondance ultime, le site est en bord d’océan, et une unité de dessalement d’eau de mer reste possible. C’est la ceinture par-dessus les bretelles, et c’est aussi la raison pour laquelle un resort en bord de mer a, paradoxalement, moins de souci d’eau qu’un projet à l’intérieur des terres.

Reste la consommation elle-même, qui est le levier le plus efficace. Les eaux grises sont recyclées, les équipements sont choisis pour leur sobriété, et le jardin est conçu en permaculture, ce qui limite l’arrosage plutôt que de le compenser.

L’électricité, trois sources indépendantes

Le resort combine trois sources, et l’important est qu’aucune ne dépend des deux autres.

Le solaire est la source principale en journée. Le parc est dimensionné pour couvrir les besoins pendant les heures de soleil, ce qui à cette latitude représente l’essentiel de l’activité : cuisines, climatisation, piscines, buanderie.

Le réseau national PLN prend le relais la nuit et vient en complément quand la demande dépasse la production solaire. Sumba est raccordée, avec la fiabilité d’un réseau d’île en développement, ce qui veut dire des coupures ponctuelles.

Le générateur de secours démarre en relais automatique. Il ne s’agit pas d’aller le lancer à la main pendant l’orage. La bascule est automatique et le client ne la remarque pas.

Au quotidien, ça donne un rythme simple : le soleil le jour, le réseau la nuit, le générateur quand le réseau lâche. Un dîner au restaurant ne s’interrompt pas parce que la ligne a sauté sur la côte.

La connexion, Starlink et une 5G en développement

C’est le point sur lequel les choses ont le plus changé ces dernières années, et de loin.

Starlink apporte au domaine un débit équivalent à la fibre, par satellite en orbite basse, sans dépendre d’aucune infrastructure terrestre. Cela signifie qu’une pelleteuse qui sectionne un câble à l’autre bout de l’île n’a aucun effet ici.

En redondance, le réseau mobile local couvre la zone en 4G, et la 5G se déploie progressivement sur l’île. C’est la deuxième voie, celle qui prend le relais si la première est indisponible.

Le WiFi couvre les villas et les espaces communs. Concrètement, on peut tenir une visioconférence depuis une villa en surplomb de l’océan. Pour un propriétaire qui loue son bien, c’est devenu un critère de réservation à part entière.

Les eaux usées et les déchets

Traiter sur place est la seule option honnête quand aucune station municipale n’existe à proximité.

Le domaine est équipé d’un système Biotank, un traitement biologique et non chimique : ce sont des bactéries qui font le travail, dans une cuve étanche.

Les eaux grises sont recyclées, et aucun rejet non traité ne part dans la nature. Sur un terrain en haut de falaise, au-dessus d’une côte encore intacte, ce point n’est pas négociable.

Côté déchets, le tri est en place et les déchets organiques partent au compost, qui revient au jardin. Le plastique est réduit au maximum à la source, c’est-à-dire à l’achat, parce que c’est là que la décision se prend vraiment. Ce qui doit malgré tout sortir du site passe par les filières locales.

C’est un sujet qui nous tient à cœur, et sur lequel nous avons déjà de l’expérience avec d’autres resorts en Indonésie. Nous ne serons pas parfaits, et nous préférons le dire. Nous faisons du mieux que nous pouvons, avec les moyens réels de l’île.

Le jardin

Le domaine cultive en permaculture : légumes, herbes, fruits, et un poulailler pour les œufs.

L’objectif n’est pas l’autonomie alimentaire, qui serait une promesse en l’air pour un restaurant qui sert des clients toute l’année. L’idée est de produire ce qui peut l’être sur place, avec une qualité et une fraîcheur qu’aucune livraison ne donne, et de compléter auprès des producteurs de Sumba.

Le compost boucle la boucle avec les déchets de cuisine.

Ce que ça change quand vous êtes sur place

Une infrastructure réussie, c’est une infrastructure qu’on ne remarque pas.

L’eau coule. La lumière reste allumée. Le WiFi fonctionne. Personne ne pense à l’étude géoélectrique en prenant sa douche, et c’est exactement le but.

La différence se voit dans les moments où, ailleurs, ça se serait vu : la coupure de 21 h qui ne coupe rien, l’appel professionnel qui passe, la piscine pleine en fin de saison sèche.

Pour un propriétaire de villa, la lecture est un peu différente. Ces choix se traduisent en taux d’occupation qui ne se dégradent pas à la première panne, et en avis clients qui ne parlent pas de coupures. C’est ce qui sépare un projet qui tient sur le papier d’un resort qui tourne, un sujet qu’on développe dans Au-delà des rendus 3D.

Et pour venir voir tout ça, rejoindre Sumba est plus simple qu’on ne le croit.

Questions fréquentes

De forages situés sur le domaine. Leur emplacement a été déterminé par une étude géoélectrique menée avant tout forage, qui a identifié plusieurs nappes exploitables à des endroits distincts du terrain.
Un générateur de secours prend le relais automatiquement. Le resort combine trois sources indépendantes : solaire en journée, réseau national PLN la nuit et en complément, générateur en secours.
Oui, sur le domaine. Starlink apporte un débit équivalent à la fibre sans passer par les infrastructures terrestres, avec le réseau mobile local en redondance. Le WiFi couvre les villas et les espaces communs.
Elles sont traitées sur place par un système Biotank, un traitement biologique et non chimique. Les eaux grises sont recyclées et aucun rejet non traité ne part dans la nature.
Non, et c’est volontaire. Kabisu est raccordé au réseau national et travaille avec les producteurs locaux. L’autonomie recherchée est celle qui compte : pouvoir continuer à fonctionner normalement quand une source s’interrompt.
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Villa Kabisu au coucher du soleil sur la côte de Sumba